Qu’est-ce au juste qu’un met­teur en scène ?
Françoise Thyrion, Michel Valmer, Céline Grolleau, Nicolas Souville, Yves Arcaix et Maxime Kerzanet répondent à CAP.

Photo de Maxime KerzanetQu’est-ce un met­teur en scène ?
C’est une ques­tion, pour moi, très com­plexe. Dans un pre­mier temps, j’aurais envie de répondre : « Je n’en sais rien moi ! le met­teur en scène peut être plein de choses ! Sa défi­ni­tion change en fonc­tion des époques, des pro­jets, et sur­tout des gens. »
Malgré tout, je vais essayer d’esquisser un début de réponse au regard ma petite expé­rience d’acteur et de tout récent met­teur en scène.
Quand j’étais à l’école, je me sou­viens avoir appris que la mise en scène était une inven­tion très récente dans l’histoire du théâtre. Elle appa­rais­sait à la fin du XIXe siècle au moment où se posait la ques­tion de la méthode et l’éthique de la for­ma­tion de l’acteur.
Puis, je sors de l’école et au cours de mes pre­mières expé­riences pro­fes­sion­nelles, je me suis aper­çu qu’un met­teur en scène était sur­tout une per­sonne qui ini­tiait un pro­jet et qui, en tant qu’employeur enga­geait une équipe artis­tique, tech­nique et admi­nis­tra­tive. Ensuite, son tra­vail était de coor­don­ner le tra­vail de toutes ses équipes afin de faire abou­tir son pro­jet tel qu’il l’avait ima­gi­né.
Enfin, au cours de mes ren­contres avec les gens de ma géné­ra­tion, j’ai vu que nais­saient de plus en plus ce qu’on appelle des « col­lec­tifs d’acteurs » qui remet­taient en cause la place du met­teur en scène en tant que « direc­teur de pro­jet » et qui pri­vi­lé­giaient « l’écriture au pla­teau ».
Mais essayons de répondre à la ques­tion de manière plus per­son­nelle.
Avant tout, je suis un acteur, et j’aurais ten­dance à  défi­nir le rôle du met­teur en scène essen­tiel­le­ment dans sa rela­tion avec le ou les acteurs/actrices.
Il est vrai que j’ai du mal à défi­nir le met­teur en scène comme une sorte de « démiurge » qui règle les signes du pla­teau en fonc­tion de son idée, mais plu­tôt comme un indi­vi­du qui s’est extrait du pla­teau, qui tente de lire les signes expri­més par les acteurs, qui leur témoigne de ce qu’il voit, non pas pour leur dire ce qu’il faut faire mais pour leur pro­po­ser une lec­ture de ce qui a été fait.
Je ne pense que le met­teur en scène doive « diri­ger » un acteur. L’acteur se dirige lui-même. Il est le seul expert de ce qu’il est et ce qu’il fait. Mais il ne sait pas tou­jours l’étendu pos­sible de son ima­gi­naire. C’est pour­quoi, il peut avoir besoin de quelqu’un d’autre, qui le regarde, qui l’aime et qui lui dit : « Tu peux aus­si faire ça » ou plu­tôt « Tu peux faire autre chose que ce que tu crois pou­voir faire ». Cette défi­ni­tion du met­teur en scène vaut pour une vision par­ti­cu­lière du théâtre, qui est la mienne, à savoir, consi­dé­rer le théâtre comme une aven­ture qui pri­vi­lé­gie le pro­ces­sus, l’émancipation et qui tente par le tra­vail du jeu de consti­tuer un groupe de per­sonnes (acteurs/actrices) s’interrogeant inti­me­ment sur l’humain et sa rela­tion avec les autres êtres humains.
J’ajouterai aus­si que les acteurs peuvent avoir besoin d’un met­teur en scène aus­si pour cette rai­son qu’il est celui qui per­met de ne pas les faire oublier que quelqu’un les regarde, qu’ils ne jouent pas que pour eux. Et c’est peut-être parce qu’ils tra­vaillent en pré­sence de quelqu’un qu’ils ne bas­culent pas dans la folie. Ils ont un inter­lo­cu­teur pri­vi­lé­gié, qui devient expert du spec­tacle, qui les accom­pagne et avec qui ils peuvent dia­lo­guer.
Enfin, on pour­rait défi­nir un pro­ces­sus de répé­ti­tions d’un spec­tacle comme ceci : un groupe de per­sonnes se retrouve sur le pla­teau d’un théâtre. Une per­sonne ou plu­sieurs décident d’un pro­jet. Une per­sonne ou plu­sieurs se pro­posent de ne pas jouer, mais de regar­der, d’autres se pro­posent d’être acteurs ou d’être dans la tech­nique. Ils dis­cutent alors sur le fond du pro­jet. Quand cela devient néces­saire, les acteurs se lancent sur le pla­teau. Le ou les met­teurs en scène regardent. Après, tout le monde se retrouve autour de la table et dis­cute de ce qui a été fait.
Puis il faut repar­tir sur le pla­teau. Faire autre chose. Préciser. Puis redis­cu­ter. Puis se relan­cer. Puis…
Ce sont d’é­ter­nels allers-retours.
Puis les spec­ta­teurs arrivent. Il faut jouer le spec­tacle. Le spec­tacle n’est pas prêt. Il ne le sera jamais.
C’est un pro­ces­sus sans fin…

Maxime Kerzanet
Paris — mai 2017

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