Qu’est-ce au juste qu’un met­teur en scène ?
CAP a posé la ques­tion à Françoise Thyrion, Michel Valmer, Céline Grolleau, Nicolas Souville, Yves Arcaix, et Maxime Kerzanet.

Michel Valmer — photo : Alain Cochard

Michel Valmer (Cie Science89)— pho­to : Alain Cochard

Depuis que le monde est monde, tout change.
Et nous aus­si, par voie de consé­quence, sommes en per­pé­tuelle évo­lu­tion.
Le théâtre, qui crée des repré­sen­ta­tions du monde, n’é­chappe pas à la règle : autre­fois, il s’a­dres­sait aux dieux. Puis ce fut aux bêtes, voire aux démons, et aux hommes. Dorénavant, il fau­dra apprendre à par­ler aux machines.
Heisenberg — célèbre phy­si­cien quan­tique — a pu jadis écrire que chan­ger son regard sur le monde, c’é­tait déjà chan­ger le monde. Méditons, du coup, l’a­dage. Et, dans notre époque domi­née par la techno-science, parions sur le fait qu’ap­pli­quer la for­mule au champ de la créa­tion artis­tique, théâ­trale tout par­ti­cu­liè­re­ment, aura un effet béné­fique — pour les artistes comme pour le public.
Le « bon théâtre », au sens brech­tien du terme, n’est-il pas celui qui fait  jus­te­ment du geste dra­ma­tique, en acte, sur la scène, une pen­sée en marche.
Mais qu’est-ce que la pen­sée, sans l’af­fect qui l’i­ni­tie — en tout cas, l’ac­com­pagne ?
De nou­veaux émer­veille­ments s’offrent à nous : profitons-en ! Prenons ce risque. Celui de les réflé­chir en les tra­vaillant. Celui d’en recueillir au plus haut niveau la sub­stan­ti­fique moelle émo­tion­nelle, his­toire de redé­fi­nir pour cha­cun (donc pour soi, aus­si) sa place dans la nature et dans la socié­té.
À cette aune, le met­teur en scène sera celui qui, renouant avec l’é­clec­tique dide­ro­tien, sau­ra encore, avec patience, ana­ly­ser les pen­sées du temps, n’im­po­ser pas de vues auto­ri­taires et se don­ner le luxe d’ou­vrir des portes sur l’a­ve­nir.  Il sera celui par qui per­du­re­ra l’es­prit de la conver­sa­tion, l’es­prit du mot… et non du chiffre.

Michel Valmer
Nantes — 2017

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