En mai-juin 2017, la librai­rie, La Géothèque — 14 rue Racine à Nantes — expo­se­ra en par­te­na­riat avec CAP les œuvres de l’ar­tiste néer­lan­dais Rolf Weijburg, géo­graphe, car­to­graphe, for­mé à l’Académie des Beaux-Arts d’Utrecht aux Pays-Bas, qui marque une pré­di­lec­tion pour l’eau-forte.

L’eau-forte
Connue depuis le Moyen Âge, l’eau-forte est un pro­cé­dé qui consiste à des­si­ner avec une pointe sur une plaque de métal pro­té­gée par une fine couche de ver­nis. La plaque est plon­gée ensuite dans une solu­tion — appe­lée à l’o­ri­gine « eau forte — aqua-fortis », com­po­sée d’acide nitrique dilué à de l’eau. On a gar­dé ce nom pour dési­gner les nou­velles sub­stances qui servent aujourd’­hui à atta­quer le métal. Sous la mor­sure de l’acide, les zones dénu­dées par les tra­cés de l’ar­tiste vont se creu­ser. La plaque débar­ras­sée du ver­nis res­tant, l’encre qui a été éta­lée sur toute la sur­face pénètre dans chaque entaille. Une fois l’ex­cé­dent reti­ré, et la plaque net­toyée, la feuille de papier humi­di­fié peut s’u­nir à l’encre et pas­ser sous la presse.
Aujourd’hui, le terme d’eau-forte sert à nom­mer à la fois le pro­cé­dé et les estampes obte­nues par ce pro­cé­dé, un genre que Baudelaire n’a eu de cesse de défendre, à une époque où l’on s’en détour­nait — à l’ex­cep­tion des eaux-fortes de Rembrandt — comme étant le mode d’ex­pres­sion par excel­lence qui « glo­ri­fie l’individualité de l’artiste » et « décrit sur la planche sa per­son­na­li­té la plus intime »1)Charles Baudelaire, « Peintres et aqua­for­tistes », Œuvres Complètes, Paris, Éditions du Seuil, 1968, p. 544..

Grenade — Eau-forte — Rolf Weijburg — 2003

Grenade — Eau-forte — Série Home — Rolf Weijburg — 2003

Un artiste, une œuvre
D’île en île, d’un conti­nent à l’autre, Rolf Weijburg renou­velle son ins­pi­ra­tion et com­pose des eaux-fortes où s’imbriquent dans un déploie­ment de cou­leurs, détails sur la faune et la flore, élé­ments archi­tec­tu­raux et cultu­rels, scènes de la vie quo­ti­dienne et pay­sages. Plusieurs séries de ces eaux-fortes sont le fruit de grands pro­jets, chers à l’ar­tiste.
Quatre-vingt-cinq eaux-fortes forment ain­si une série aujourd’­hui ache­vée — L’Afrique Périphérique – Un atlas des îles autour de l’Afrique2)http//www.weijburg.nl/1b11-bottom.html.. À côté d’autres séries encore en cours comme Home et Local BeautiesR. Weijburg tra­vaille depuis dix ans sur sur les vingt-cinq plus petits pays indé­pen­dants — An Atlas of the World’s Smallest Countries3)http//www.weijburg.nl/1b4-bottom.html.
Toute son œuvre est une invi­ta­tion au voyage, plus pré­ci­sé­ment au « slow tra­vel ».

Eau- forte — The Art of Travel — Rolf Weijburg— 2015

Eau- forte — The Art of Travel — Rolf Weijburg— 2015

The Art of Travel
Deux jeunes réa­li­sa­teurs néer­lan­dais, Eefje Blankevoort et Arnold van Bruggen, qui consi­dèrent R. Weijburg comme le plus grand aqua­for­tiste des Pays-Bas vont lui consa­crer un film qui s’intitulera The Art of Travel4)https://vimeo.com/148467221. Leur entre­prise — Prospektor — compte à son actif des pro­jets très divers par­mi les­quels The Sochi Project5)thesochiproject.org, sur la pré­pa­ra­tion des jeux olym­piques d’hiver de 2014 en Russie. Adeptes du « slow jour­na­lism », E. Blankevoort et A. van Bruggen ont le sen­ti­ment de par­ta­ger avec R. Weijburg une même pas­sion pour le voyage et un mode de créa­tion simi­laire — prendre le temps d’observer ; s’attarder à un endroit ; s’immerger dans les évé­ne­ments et la culture du lieu ; puis lais­ser les impres­sions se décan­ter. Le tra­vail de R. Weijburg6)http//www.weijburg.nl s’apparente pour eux au « slow art ».

Inviting the World at Home — Rolf Weijburg

Eau-forte — Write back soon — Série Inviting the World at Home — Rolf Weijburg —2009

Accompagné du came­ra­man Thomas Roebers, l’é­quipe va s’en­vo­ler vers la mi-février pour São Tomé et Principe où débu­te­ra le tour­nage, ce petit État d’Afrique, sur­nom­mé « Île Chocolat », se trou­vant au cœur de trois pro­jets impor­tants de R. Weijburg. C’est là que lui est venue en effet l’i­dée de la série des îles autour de l’Afrique.
São Tomé est liée éga­le­ment au pro­jet sur les liai­sons pos­tales Inviting the World at Home7)http://www.weijburg.nl/1keng-bottom.html, car c’est grâce à  une carte envoyée par le direc­teur des postes de São Tomé que Rolf au pré­texte d’une mis­sion pos­tale a pu obte­nir un visa en 1981 pour ce qui était alors une petite répu­blique mar­xiste fer­mée aux tou­ristes. Enfin l’île de São Tomé se trouve être la vingt-cinquième île sur la liste des plus petits pays du monde. De ce tour­nage, nous aurons des échos par Catherine Cazier, la femme de R. Weijburg, qui a col­la­bo­ré en tant qu’au­teur à plu­sieurs de ses ouvrages.

Collections
Les œuvres de R. Weijburg se trouvent dans plu­sieurs grandes col­lec­tions comme celle du pres­ti­gieux Rijksmuseum8)http://www.holland.com/fr/tourisme/article/le-rijksmuseum-damsterdam.htm à Amsterdam, les banques ING et RABO aux Pays-Bas ou encore Merrill Lynch aux États-Unis, ain­si que dans beau­coup de col­lec­tions pri­vées.

Expositions
Les œuvres  de R. Weijburg sont sou­vent expo­sées dans des gale­ries d’art et des musées, aux Pays-Bas ou à l’étranger. Souvent dans des expo­si­tions solo, mais il par­ti­cipe aus­si à des grands expo­si­tions de groupe telles que l’International Print Biennial, à Taiwan, la Biennale d’Art Graphique à Paris, la Miniprint Triennal à Lahti en Finlande ou le fes­ti­val « Étonnants Voyageurs » de Saint-Malo.

Eau-forte — Série « Local Beauties », Pays Bigouden, Finistère Rolf Weijburg — 2000

Eau-forte — Série Local Beauties, Pays Bigouden, Finistère — Rolf Weijburg — 2000

Prix
R. Weijburg a reçu de nom­breux prix. Citons par­mi d’autres le Grand Prix Elan en 1986 qui a cou­ron­né son ouvrage Voyage au Sahara9)Textes de Catherine Cazier, Flammarion, Paris, 1984, édi­té aux Pays-Bas sous le titre Dwars door de Sahara10)Édition Ploegsma, Amsterdam, 1985. En 1992, R. Weijburg a reçu le Nederlandse Grafiek Prijs — Prix de la gra­vure néer­lan­daise — pour l’ensemble de ses eaux-fortes. Son livre Mes Carnets des Iles11)En col­la­bo­ra­tion avec Catherine Cazier, Flammarion, Paris, 2002 qui regroupe toutes les eaux-fortes de la série L’Afrique Périphérique a été l’une des huit œuvres nomi­nées pour le Prix National du Carnet de Voyage à Clermont-Ferrand en 2002. Dans ce livre, R. Weijburg raconte com­ment l’Afrique s’est impo­sée à lui : « Je vou­lais com­prendre ce conti­nent, l’expliquer, en dres­ser des cartes. […] Il me fal­lait un grand pro­jet qui me per­mette d’ex­pri­mer ma nos­tal­gie et de don­ner à voir l’in­fi­nie diver­si­té de l’Afrique. »12)Rolf Weijburg & Catherine Cazier, Mes car­nets des îles, Flammarion, Paris, 2002. p. 7..

Catherine Orsot Cochard
Nantes — février 2016

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Références   [ + ]

1.Charles Baudelaire, « Peintres et aqua­for­tistes », Œuvres Complètes, Paris, Éditions du Seuil, 1968, p. 544.
2.http//www.weijburg.nl/1b11-bottom.html.
3.http//www.weijburg.nl/1b4-bottom.html
4.https://vimeo.com/148467221
5.thesochiproject.org
6.http//www.weijburg.nl
7.http://www.weijburg.nl/1keng-bottom.html
8.http://www.holland.com/fr/tourisme/article/le-rijksmuseum-damsterdam.htm
9.Textes de Catherine Cazier, Flammarion, Paris, 1984
10.Édition Ploegsma, Amsterdam, 1985
11.En col­la­bo­ra­tion avec Catherine Cazier, Flammarion, Paris, 2002
12.Rolf Weijburg & Catherine Cazier, Mes car­nets des îles, Flammarion, Paris, 2002. p. 7.