Le 20 sep­tembre 2018 à 19h30, à la rédac­tion du jour­nal Ouest-France à Saint-Nazaire située 1 bou­le­vard de l’Atlantique, CAP rece­vra Caroline Poiron pour par­ler de son livre Je suis Jeanne paru cette année aux édi­tions des Équateurs.

« Le trau­ma­tisme, c’est le choc du réel sidé­rant. »

Trauma
Le 11 jan­vier 2012, à Homs, en Syrie, Caroline Poiron, journaliste-photographe à France 2, per­dait son com­pa­gnon Gilles Jacquier, grand repor­ter à France 2 pour l’émission Envoyé spé­cial. Témoin de cette mort, elle a retra­cé dans un livre, Attentat Express, co-écrit avec Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian, éga­le­ment pré­sents à Homs ce jour-là, les cir­cons­tances dra­ma­tiques de cette mort. Leur enquête pose de trou­blantes ques­tions. Les trois jour­na­listes trou­ve­ront des élé­ments de réponse au cours de longs mois d’investigation. Ils auront alors la convic­tion que Gilles Jacquier a été assas­si­né par les ser­vices secrets syriens.
Quatre ans plus tard, les atten­tats du 13 novembre 2015 sidèrent Paris et la France. Caroline Poiron habite le XIe arron­dis­se­ment, à deux pas du Bataclan. C’est le chaos dans son quar­tier. Choquée, elle n’arrive pas à reve­nir à elle. Tout son pas­sé lui revient comme une bombe. En ce 13 novembre, elle voit son mari par­tout : dans la rue, en scoo­ter, au café. Tous les hommes lui res­semblent. Les hal­lu­ci­na­tions la ramènent à la scène tra­gique de Homs qui devient, après-coup, trau­ma­tique. Les idées déli­rantes lui font perdre la tête. Le len­de­main des atten­tats, elle entre à l’hôpital psy­chia­trique.

Descente aux enfers
Le miroir ayant volé en éclats, com­mence alors une des­cente aux enfers où Dieu lui parle et lui donne mis­sion de por­ter aux Hommes une parole de paix. L’image étant défi­gu­rée, elle ne se recon­naît plus et devient une autre, Jeanne, son « patro­nyme de souf­france », « le nom obli­gé de sa crise ». Jeanne était déjà son pseu­do de repor­ter sous lequel elle signait ses pho­tos et aus­si le pré­nom de sa grand-mère, une femme qui a éga­le­ment souf­fert pen­dant la deuxième guerre mon­diale.
Son corps est enva­hi de symp­tômes : dou­leurs, maux de tête, nau­sées, ver­tiges, vision floue. Elle perd le désir de pho­to­gra­phier. Assaillie par les angoisses, elle est tra­ver­sée de pen­sées mor­bides, néga­tives et des­truc­trices. Des flashs du drame s’imposent à elle, ain­si que des images fixes, incrus­tées dans son psy­chisme. La peur du pire l’amène à une hyper­vi­gi­lance dans son quo­ti­dien. Le tableau cli­nique de ses symp­tômes nous est don­né à lire au jour le jour dans son jour­nal.
Car pour ne plus subir cet enfer­me­ment men­tal, Caroline Poiron a déci­dé d’écrire et de se faire témoin de sa souf­france et de sa recons­truc­tion.

Revivre
C’est au cours de sa troi­sième hos­pi­ta­li­sa­tion qu’elle décide de reve­nir à la vie et de rede­ve­nir Caroline, « celle qui était la femme heu­reuse ». Pour y par­ve­nir, elle va lut­ter quo­ti­dien­ne­ment pour « ne plus tom­ber dans la folie ». Elle prend des médi­ca­ments, mais sur­tout s’appuie sur une ascèse.
C’est d’abord le corps qu’il lui faut recol­ler au vivant en pra­ti­quant la médi­ta­tion, le yoga, la marche en mer. Puis, la psy­cho­thé­ra­pie avec sa psy­cho­logue ou son psy­chiatre qui la ras­surent et la sou­tiennent dans ses efforts. L’écriture, enfin et sur­tout, qui lui per­met de « prendre du recul sur les aléas de la vie » et « accep­ter la dimen­sion tra­gique de sa vie, sans faire pour autant de sa vie une tra­gé­die ».
Commencé à Paris dans la tour­mente des évé­ne­ments et le royaume des ombres, son jour­nal s’achève au bord de l’océan, dans la lumière retrou­vée, au seuil de sa nou­velle vie.

Jean-Luc Mahé
Saint-Nazaire — août 2018

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